M. Pitre en était à sa trente-quatrième année de loyaux services à titre de professeur d'humanités à l’emploi du Collège de ***. Nous soupçonnons déjà le lecteur sourcilleux de chicaner à part soi au sujet du patronyme de notre héros, le jugeant soit frivole, soit tiré par les cheveux, soit tout bonnement invraisemblable, et en l’occurrence nous devons d’entrée de jeu lui concéder sur ce point qu’il a incontestablement raison. Quant à ce M. Pitre, dont nous avons ici le mandat officiel de raconter les derniers instants d’une carrière qui fut, aux dires et dans l’esprit de tous, éminente, il faut préciser que son nom l’avait, comme il arrive le plus souvent des noms et de l’influence qu’ils exercent sur la destinée de leurs porteurs (1), tendu comme un piège de naissance. Mais en vertu d'un mystérieux paradoxe, ce qui eût pu lui peser comme une tare, lui poser des lacunes au cours de sa carrière, se révéla au contraire du meilleur augure : le style bouffon qu'on lui prêtait en classe en faisait un guerrier de choix pour son département; car si les élèves aimaient à être divertis, les administrateurs aimaient à ce que ceux-ci le fussent; cela faisait partie de l’esprit du temps, d'une époque de progrès, il y avait lieu de s’en réjouir; et M. Pitre avait toujours su plaire, bien que nul ne comprît jamais les rouages de cette sympathie inconditionnelle dont il jouissait dans un camp comme dans l'autre ― nous entendons par là que les élèves, si enclins à l’ennui, à la paresse et au dégoût de l’effort intellectuel depuis force générations, se régalaient dans les cours du vieux maître; son département et jusqu'au noyau dur de l'administration s'en montraient pour leur part fort aise; M. Pitre, comme on peut dire, aimait les jeunes, les jeunes l’aimaient, et cela en définitive faisait l’affaire et le bonheur de tous.
________________________________________
(1) Voir à ce sujet les lumineux chapitres de Marcel Proust, dans Du côté de chez Swann, sur l'influence des noms sur les lieux géographiques en lien avec le caractère des réminiscences qu'ils provoquent chez le narrateur.
Qui êtes-vous ?
dimanche 15 novembre 2009
lundi 9 novembre 2009
PHRASE DE FORGE
DEPUIS LA NUIT, montent les bruits : autos circulant au compte-goutte, gorges raclées, sirènes en fuite; tantôt le claquement d’une portière semble annoncer la fin de quelque chose, tantôt un homme ivre se fend en deux et, la tête entre les bras sans doute, appuyé contre la vitrine d’un commerce fermé, ou s’agrippant à quelque grillage, dégueule à pleins poumons, crache et s’étouffe, dégueule sa cuite, un restant de celle d’hier peut-être, dégueule encore; un silence relatif se pose, sitôt rompu par ce qui ressemble au craquement d’une branche morte dans un envol de feuilles fantômes; une trille de cris indistincts éclate, qu’étouffe de nouveau le silence; autos au compte-goutte, gorges raclées, tic-tac de talons hauts; au coin d’un trottoir off un couple de fin du monde reprend l’immémoriale dispute; un moteur pousse un râle d’agonisant; un coup de cafard klaxonne; le temps s’effrite comme du plâtre; des nuages passent; un essaim d’adolescentes festives se défait dans un ultime soubresaut de gaîté franche.
Libellés :
Esthétique du dimanche
GÉMONIES
<< GÉMONIES - étym. 1548 ◊ latin gemoniae (scalae) « (escalier) des gémissements », à Rome, où on exposait les cadavres des condamnés après leur strangulation, avant de les jeter dans le Tibre (NPR 2009)>>
Maudit halloween, damnée toussaint
les morts se lèvent dans une rafale de vents contraires
et les reflux gastriques
méchante débarque, damnés devis ministériels
maudites corrections
viande à chien d'assemblées
maudite marde de copies damnées du dernier cercle
métamusil d'automne, pets sauce de dante
calvaires de douzaines de bics rouges en flammes
dans les jours qui refoulent,
amen.
Maudit halloween, damnée toussaint
les morts se lèvent dans une rafale de vents contraires
et les reflux gastriques
méchante débarque, damnés devis ministériels
maudites corrections
viande à chien d'assemblées
maudite marde de copies damnées du dernier cercle
métamusil d'automne, pets sauce de dante
calvaires de douzaines de bics rouges en flammes
dans les jours qui refoulent,
amen.
Libellés :
Cri primal
dimanche 18 octobre 2009
Alea jacta est
C […] – Am : || […] (Eurotrance #24, métr. +/- 92)
Tu crois en des chimères
Plus belles et plus lointaines
Que la nuit d’un premier baiser
Quand la plupart des fées
Ne sont plus jeunes
Quand les souvenirs ne sont plus
Tout à fait les mêmes
Quand la mémoire n'est plus
Tout à fait la nôtre
Quand nous nous déchirons les côtes
En mordant la poussière
Le feu tombe et l’empire
N’est plus qu’un ossuaire
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans un parc en hiver
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans une patrie en vers
Une langue morte
Sous les gravats
Je bois à des déserts
Pour retrouver la myrte
Et le goût des cités nouvelles
Où les corps incendiaires
Ne sont plus qu’un
Où la nostalgie n’est plus
Tout à fait la reine
Où les défaites ne sont plus
Tout à fait les nôtres
Quand nous nous déchirons les côtes
En mordant la poussière
Les dieux tombent et l’enfer
Prend ses quartiers divers
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans un parc en hiver
Dans une partie de coeurs en l'air
Dans une patrie sans frères
Un terrain vague
Sous les gravats
J’ai perdu la foi
Perdu la voix
Je ne trouve plus la musique
Je n’entends plus les mots
(bis)
Coup de vent ou coup de dés
Le sort en est jeté
(bis)
Le sort en est jeté
Alea jacta est
Tu crois en des chimères
Plus belles et plus lointaines
Que la nuit d’un premier baiser
Quand la plupart des fées
Ne sont plus jeunes
Tu crois en des chimères
Plus belles et plus lointaines
Que la nuit d’un premier baiser
Quand la plupart des fées
Ne sont plus jeunes
Quand les souvenirs ne sont plus
Tout à fait les mêmes
Quand la mémoire n'est plus
Tout à fait la nôtre
Quand nous nous déchirons les côtes
En mordant la poussière
Le feu tombe et l’empire
N’est plus qu’un ossuaire
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans un parc en hiver
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans une patrie en vers
Une langue morte
Sous les gravats
Je bois à des déserts
Pour retrouver la myrte
Et le goût des cités nouvelles
Où les corps incendiaires
Ne sont plus qu’un
Où la nostalgie n’est plus
Tout à fait la reine
Où les défaites ne sont plus
Tout à fait les nôtres
Quand nous nous déchirons les côtes
En mordant la poussière
Les dieux tombent et l’enfer
Prend ses quartiers divers
Dans une partie de cœurs en l’air
Dans un parc en hiver
Dans une partie de coeurs en l'air
Dans une patrie sans frères
Un terrain vague
Sous les gravats
J’ai perdu la foi
Perdu la voix
Je ne trouve plus la musique
Je n’entends plus les mots
(bis)
Coup de vent ou coup de dés
Le sort en est jeté
(bis)
Le sort en est jeté
Alea jacta est
Tu crois en des chimères
Plus belles et plus lointaines
Que la nuit d’un premier baiser
Quand la plupart des fées
Ne sont plus jeunes
Libellés :
Chanson de supermarché,
Jules César
jeudi 20 août 2009
Le portier frappé par la foudre
À V.
Il y a quelques jours, vers cinq heures du matin, je m’arrêtais près de chez moi à une station service Tim Horton’s afin d’y dépenser les vingt dollars que m’avait largués V. pour le taxi – que j’avais économisés en marchant! Un portier de fin de soirée m’ouvrit très gentiment la porte. Il échappait de temps en temps cette phrase adressée au caissier : « Chu pas tannant, Max, han, pas tannant là… » Je me souviens de l’atmosphère parano qui régnait à l’intérieur et de la cliente exaspérée qui patientait pour régler son essence. Je me souviens surtout du présentoir rempli à craquer de beignes ruisselants, dégoulinants, parfaits.
MOI, béant : C’est le frais arrivage du petit matin, madame, des beignes tout frais sortis du four?
ELLE, de glace : Ben oui, épais, yé cinq heures!...
Hum… C’est vrai… Comment pouvait-elle savoir toutes les fois, tous les cravings de beignes – presque tous à vrai dire – qui m’assaillirent aux Donkin’ Donuts de la station Joliette et plus haut, à l’angle des rues Beaubien et St-Michel, vers trois ou quatre heures du matin : quelle apocalypse que ces présentoirs dégarnis dans lesquels ne vivotent qu’une brioche décatie, ici un beigne de l’avant-jour, là une roussette qui a perdu son air français…
Étant donné cette fois l’aubaine de fraîcheur, je ne pus m’empêcher d’en acheter une douzaine à la santé de V. et de m’empresser d’en entamer la boîte à l’extérieur.
Chu pas tannant, Max, han, pas tannant là…
Le grand gaillard débraillé qui bavait – mais pour des raisons autres que les miennes – me suivit jusqu’à l’étalage des bonbonnes de propane. J’ai dit qu’il était grand. Très grand et mince. Cheveux gris en broussaille. Ses yeux, deux petites billes grises enfoncées dans le crâne. Sa bouche, tout son visage tordus comme une lavette. J’ai dit également qu’il bavait. Or là, il a fixé sur moi ses billes de verre et il s’est mis à chialer. À pleurer comme un mioche. À vagir comme un nouveau-né. Je sentais bien qu’il avait quelque chose à dire, un énorme morceau à lâcher, mais il n’y arrivait pas.
À dessein de nous mettre à l’aise, j’ai attaqué la boîte de beignes en lui offrant d’abord d’en choisir un.
– Ah, merci man, ça, ça va me faire du bien.
– Je te crois. En plus ils sont frais, pour une fois.
Une fois sa première bouchée prise – il en avait choisi un à la crème glacé au caramel –, il a de nouveau éclaté en sanglots. Une foudre de tous les diables. La crème blanche ressortant par toutes les cavités faciales.
– S’cuse-moé, man, j’braille, faut que j’braille, là, ça fait cent ans que j’ai pas braillé man, c’est trop fort, là, s’cuse.
Nouvel accès.
– Y a rien là, man, laisse-toi aller, tiens, prends-en un autre, y en reste plein.
– Mer…ci.
Bouchée. Nouvelle bourrasque. Puis :
– Tu peux pas savoir c’que ça m’a faite, man, tu peux pas savoir…
Un temps.
– Moé, j’quêtais comme d’habétude, ’prends-tu? J’tais à mon spot en face du Centre Bell pis j’ai pas faite une crisse de cenne… Pas une crisse… Pis là…
– Là?...
Nouvelle rafale.
– Y a un skyper qui est passé d’vant moé, man, y a r’gardé dans ma casquette, pas une crisse de cenne, man, pas une crisse!... Pis là, sais-tu c’qui a faite, man, tu sais pas c’qui a faite le skyper?
Redoublement de bave aux commissures des lèvres.
– Y m’a dit : « Tins! Ç’t’à toé, ça, gros : bon show! » S’cuse-moé, man, s’cuse (il pleurait de plus belle) mais tu peux pas savoir c’que ça m’a faite, man, non, tu peux pas : c’était ACDC, câlisse, A-C-D-C – MOÉ!... Ch’t’entré là-dedans, man, c’t’ait noir de monde, ça criait, ça hurlait, pis les lumières, la boucane, pis là… pis là…
THUNDER… THUNDERSTRUCK!
– Un coup d’poignard dans l’cœur, man! THUNDER… THUNDERSTRUCK! THUN… Malade, man, malade! Eille, comment y font pour jouer d’même les câlisses, comment y font, peux-tu m’dire?... THUN…. THUN… DER! J’ai pas toffé trois tounes, man, trois tounes : chu parti à brailler, j’te jure, j’avais jamais braillé d’même de ma vie… j’en braille encore… Eille! Eille man! Trente-cinq ans qu’chu dehors, trente-cinq ans qu’j’ai rien faite d’autre que d’quêter comme un cave, qu’j’ai pas mis les pieds ailleurs qu’à’ Maison du Père, pis encore, c’est toujours plein câlisse!... Trente-cinq ans… ACDC, A-C-D-C – MOÉ! Pourquoi? Pourquoi moé, man?... Trop fort, trop fort… Ces gars-là c’est des dieux, man, pis moé chu qui?... Des dieux… C’tait trop pour moé, man, ben trop pour moi… À’ troisième toune chu parti à brailler pis j’ai crissé mon camp.
Le récit du gaillard avait duré peu, mais il ne restait plus qu’une roche aux pommes et un double-chocolat dans la boîte que j’ai commencé à refermer avec précaution. J’ai cherché des yeux le fond de ceux du portier frappé par la foudre mais ils étaient rendus trop creux. Inatteignables.
Le matin était presque levé. J’ai pris congé de mon compagnon de fortune et suis rentré chez moi.
Sur les derniers pas du retour, une chose me chicotait, je ne comprenais pas ce détail : pourquoi, mais pourquoi diable, une fois à l’intérieur, n’est-il pas resté assis là, à sa place, braillage ou pas, dût-il avoir le tee-shirt et les shorts trempés à la lavette?
Pourquoi n’est-il pas resté jusqu’à la fin du show?
Il y a quelques jours, vers cinq heures du matin, je m’arrêtais près de chez moi à une station service Tim Horton’s afin d’y dépenser les vingt dollars que m’avait largués V. pour le taxi – que j’avais économisés en marchant! Un portier de fin de soirée m’ouvrit très gentiment la porte. Il échappait de temps en temps cette phrase adressée au caissier : « Chu pas tannant, Max, han, pas tannant là… » Je me souviens de l’atmosphère parano qui régnait à l’intérieur et de la cliente exaspérée qui patientait pour régler son essence. Je me souviens surtout du présentoir rempli à craquer de beignes ruisselants, dégoulinants, parfaits.
MOI, béant : C’est le frais arrivage du petit matin, madame, des beignes tout frais sortis du four?
ELLE, de glace : Ben oui, épais, yé cinq heures!...
Hum… C’est vrai… Comment pouvait-elle savoir toutes les fois, tous les cravings de beignes – presque tous à vrai dire – qui m’assaillirent aux Donkin’ Donuts de la station Joliette et plus haut, à l’angle des rues Beaubien et St-Michel, vers trois ou quatre heures du matin : quelle apocalypse que ces présentoirs dégarnis dans lesquels ne vivotent qu’une brioche décatie, ici un beigne de l’avant-jour, là une roussette qui a perdu son air français…
Étant donné cette fois l’aubaine de fraîcheur, je ne pus m’empêcher d’en acheter une douzaine à la santé de V. et de m’empresser d’en entamer la boîte à l’extérieur.
Chu pas tannant, Max, han, pas tannant là…
Le grand gaillard débraillé qui bavait – mais pour des raisons autres que les miennes – me suivit jusqu’à l’étalage des bonbonnes de propane. J’ai dit qu’il était grand. Très grand et mince. Cheveux gris en broussaille. Ses yeux, deux petites billes grises enfoncées dans le crâne. Sa bouche, tout son visage tordus comme une lavette. J’ai dit également qu’il bavait. Or là, il a fixé sur moi ses billes de verre et il s’est mis à chialer. À pleurer comme un mioche. À vagir comme un nouveau-né. Je sentais bien qu’il avait quelque chose à dire, un énorme morceau à lâcher, mais il n’y arrivait pas.
À dessein de nous mettre à l’aise, j’ai attaqué la boîte de beignes en lui offrant d’abord d’en choisir un.
– Ah, merci man, ça, ça va me faire du bien.
– Je te crois. En plus ils sont frais, pour une fois.
Une fois sa première bouchée prise – il en avait choisi un à la crème glacé au caramel –, il a de nouveau éclaté en sanglots. Une foudre de tous les diables. La crème blanche ressortant par toutes les cavités faciales.
– S’cuse-moé, man, j’braille, faut que j’braille, là, ça fait cent ans que j’ai pas braillé man, c’est trop fort, là, s’cuse.
Nouvel accès.
– Y a rien là, man, laisse-toi aller, tiens, prends-en un autre, y en reste plein.
– Mer…ci.
Bouchée. Nouvelle bourrasque. Puis :
– Tu peux pas savoir c’que ça m’a faite, man, tu peux pas savoir…
Un temps.
– Moé, j’quêtais comme d’habétude, ’prends-tu? J’tais à mon spot en face du Centre Bell pis j’ai pas faite une crisse de cenne… Pas une crisse… Pis là…
– Là?...
Nouvelle rafale.
– Y a un skyper qui est passé d’vant moé, man, y a r’gardé dans ma casquette, pas une crisse de cenne, man, pas une crisse!... Pis là, sais-tu c’qui a faite, man, tu sais pas c’qui a faite le skyper?
Redoublement de bave aux commissures des lèvres.
– Y m’a dit : « Tins! Ç’t’à toé, ça, gros : bon show! » S’cuse-moé, man, s’cuse (il pleurait de plus belle) mais tu peux pas savoir c’que ça m’a faite, man, non, tu peux pas : c’était ACDC, câlisse, A-C-D-C – MOÉ!... Ch’t’entré là-dedans, man, c’t’ait noir de monde, ça criait, ça hurlait, pis les lumières, la boucane, pis là… pis là…
THUNDER… THUNDERSTRUCK!
– Un coup d’poignard dans l’cœur, man! THUNDER… THUNDERSTRUCK! THUN… Malade, man, malade! Eille, comment y font pour jouer d’même les câlisses, comment y font, peux-tu m’dire?... THUN…. THUN… DER! J’ai pas toffé trois tounes, man, trois tounes : chu parti à brailler, j’te jure, j’avais jamais braillé d’même de ma vie… j’en braille encore… Eille! Eille man! Trente-cinq ans qu’chu dehors, trente-cinq ans qu’j’ai rien faite d’autre que d’quêter comme un cave, qu’j’ai pas mis les pieds ailleurs qu’à’ Maison du Père, pis encore, c’est toujours plein câlisse!... Trente-cinq ans… ACDC, A-C-D-C – MOÉ! Pourquoi? Pourquoi moé, man?... Trop fort, trop fort… Ces gars-là c’est des dieux, man, pis moé chu qui?... Des dieux… C’tait trop pour moé, man, ben trop pour moi… À’ troisième toune chu parti à brailler pis j’ai crissé mon camp.
Le récit du gaillard avait duré peu, mais il ne restait plus qu’une roche aux pommes et un double-chocolat dans la boîte que j’ai commencé à refermer avec précaution. J’ai cherché des yeux le fond de ceux du portier frappé par la foudre mais ils étaient rendus trop creux. Inatteignables.
Le matin était presque levé. J’ai pris congé de mon compagnon de fortune et suis rentré chez moi.
Sur les derniers pas du retour, une chose me chicotait, je ne comprenais pas ce détail : pourquoi, mais pourquoi diable, une fois à l’intérieur, n’est-il pas resté assis là, à sa place, braillage ou pas, dût-il avoir le tee-shirt et les shorts trempés à la lavette?
Pourquoi n’est-il pas resté jusqu’à la fin du show?
Libellés :
Contes urbains du Canada français
Out of Tune (The Morning) (version finale)
The morning
Found you awake
The day is rising
But the sun’s away
Sweet little morning
The Summer is grey
Sing him the song he likes
The one about decay
Now you’re on your own coming down
In a small dry room
You’re trying to recall the sound
Of a perfect June
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning is out of tune
The music has faded
It's been blown away
The feeling as well
As if nothing would stay
The music has faded
The band is off
No-one to make love with
In your small dry room
No-one to make love with-
in the naked gloom
Now you’re on your own coming down
Waiting for your doom
You’re trying to recall the sound
Of a perfect June
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning is out of tune
All the love has faded
But `er flies have flown off
No-one to make music with
In your small dry room
No-one to make music with-
in the naked gloom
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning, the morning (bis)
Found you awake
The day is rising
But the sun’s away
Sweet little morning
The Summer is grey
Sing him the song he likes
The one about decay
Now you’re on your own coming down
In a small dry room
You’re trying to recall the sound
Of a perfect June
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning is out of tune
The music has faded
It's been blown away
The feeling as well
As if nothing would stay
The music has faded
The band is off
No-one to make love with
In your small dry room
No-one to make love with-
in the naked gloom
Now you’re on your own coming down
Waiting for your doom
You’re trying to recall the sound
Of a perfect June
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning is out of tune
All the love has faded
But `er flies have flown off
No-one to make music with
In your small dry room
No-one to make music with-
in the naked gloom
When the night is too long
The morning is out of tune
When the night is too long
The morning, the morning (bis)
Libellés :
Chansons,
Imaginaire de la fin
dimanche 9 août 2009
nos peines ni nos joies...
à Maurice
nos peines ni nos joies ne seront emportées
il en restera quelque chose plutôt que rien
nous nous retrouverons après la fin des hommes
les absents seront réunis parce qu’ils se seront aimés
parce que nous les aurons aimés
un point c’est tout et la pudeur
nos portraits de famille seront enfin intègres
faciles les mots couleront de source et délivrée du temps
toute parole ravalée affleurera à la surface des lèvres
aussi fraîche aussi vive aussi vraie que la bulle d’air éclate
à l’exacte frontière
entre l’eau et le ciel
nos absents seront réunis tels qu’ils se seront aimés
outre-temps ils auront appris à se le faire entendre
nos peines ni nos joies ne seront emportées
nos chagrins et nos rires ne seront pas toujours
ces épaves de silence
en quoi l’aujourd’hui les décline
à l’issue de la traversée nous nous retrouverons
aussi vrais que nous aurons été faussaires et vains et vaniteux
sur les planches du monde
les trois coups côté cour résonneront une fois encore
nous dînerons en paix côté jardin dans la criante clarté
d’un petit matin en suspens
la fulgurance d’un jour figé au cœur de son réveil
toute erreur corrigée au registre des apparences
toute fausse note élevée ou ramenée à sa juste hauteur
Saint-Paul, nuit du 6 au 7 août 2009.
nos peines ni nos joies ne seront emportées
il en restera quelque chose plutôt que rien
nous nous retrouverons après la fin des hommes
les absents seront réunis parce qu’ils se seront aimés
parce que nous les aurons aimés
un point c’est tout et la pudeur
nos portraits de famille seront enfin intègres
faciles les mots couleront de source et délivrée du temps
toute parole ravalée affleurera à la surface des lèvres
aussi fraîche aussi vive aussi vraie que la bulle d’air éclate
à l’exacte frontière
entre l’eau et le ciel
nos absents seront réunis tels qu’ils se seront aimés
outre-temps ils auront appris à se le faire entendre
nos peines ni nos joies ne seront emportées
nos chagrins et nos rires ne seront pas toujours
ces épaves de silence
en quoi l’aujourd’hui les décline
à l’issue de la traversée nous nous retrouverons
aussi vrais que nous aurons été faussaires et vains et vaniteux
sur les planches du monde
les trois coups côté cour résonneront une fois encore
nous dînerons en paix côté jardin dans la criante clarté
d’un petit matin en suspens
la fulgurance d’un jour figé au cœur de son réveil
toute erreur corrigée au registre des apparences
toute fausse note élevée ou ramenée à sa juste hauteur
Saint-Paul, nuit du 6 au 7 août 2009.
Libellés :
Espoirs pillés
on
on regarde devant
on se prend, on se perd
on regarde derrière
on se surprend
on se reprend
on s'écoute, on s'entend
on se retrouve
on se comprend
il était temps
on triche, on s'exaspère
on se reperd, on se repent
une main se tend
on la prend, on la serre
et tout reprend
on regarde devant
on se prend, on se perd
on regarde derrière
on se surprend
on se reprend
on s'écoute, on s'entend
on se retrouve
on se comprend
il était temps
on triche, on s'exaspère
on se reperd, on se repent
une main se tend
on la prend, on la serre
et tout reprend
on regarde devant
Libellés :
Chansons
samedi 8 août 2009
je suis allé au cirque...
je suis allé au cirque
j'ai pris les clowns en grippe
j'attendais tout des fées
je les ai trouvées laides
dans un tressaut j'ai pris mes jambes à mon cou
je me suis échappé de sous le chapiteau
observant par les rues les passants ordinaires
je les ai trouvés drôles
la beauté faillible des filles de fin d'été
m'a tiré des larmes de joie
j'ai pris les clowns en grippe
j'attendais tout des fées
je les ai trouvées laides
dans un tressaut j'ai pris mes jambes à mon cou
je me suis échappé de sous le chapiteau
observant par les rues les passants ordinaires
je les ai trouvés drôles
la beauté faillible des filles de fin d'été
m'a tiré des larmes de joie
Libellés :
Filles et fées,
Succubes
mardi 4 août 2009
cahiers d'un autre temps
(à chanter sur l'air de «La mémoire et la mer» de Léo Ferré)
À Marc-André
dans les cahiers d'un autre temps
la lumière irriguait vos rimes
sans les tonnerres artificiels
pour faire se lever les grands vents
aux terrasses apolliniennes
dans le parfum des écritures
la pluie venait et le beau temps
rappelait les filles par centaines
la pensée magique des fous
la vie entière et sans rature
dressé dans l'orgueil des vingt ans
vous brilliez à rester debout
et vous lisiez dans votre étoile
une main de tous les possibles
l'avenir en flushes royales
vous n'aviez pas brûlé vos frimes
À Marc-André
dans les cahiers d'un autre temps
la lumière irriguait vos rimes
sans les tonnerres artificiels
pour faire se lever les grands vents
aux terrasses apolliniennes
dans le parfum des écritures
la pluie venait et le beau temps
rappelait les filles par centaines
la pensée magique des fous
la vie entière et sans rature
dressé dans l'orgueil des vingt ans
vous brilliez à rester debout
et vous lisiez dans votre étoile
une main de tous les possibles
l'avenir en flushes royales
vous n'aviez pas brûlé vos frimes
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