dimanche 17 janvier 2010

Incipit 3. Prolégomènes au Journal d'un nihiliste repentant

Ma nouvelle petite amie me plairait si, sous un abord avenant et des manières charmantes dont l’exubérance peine à masquer l’affectation, elle n’avait tout d’une virago. La phrase qui précède ne va pas sans une pointe hargneuse qui trahit une certaine envie. Envie de quoi? Voire. Pour le moment, mon pote, méfie-toi des ombres, méfie-t’en, veux-tu! Que la maya nous joue des tours et qu’on le sache, cela ne nous dispense en rien de la nécessité de nous projeter sans cesse au-delà des pièges qu’elle nous tend. Te voilà sur la piste d’une théorie du chaos nouveau genre dont les pavés sont semés de péril. Un surcroît de conscience a longtemps inhibé ton action, quand nous savons depuis belle lurette, depuis Austin du moins, que dire, c’est faire. Je pense à Flaubert et à son thème chéri, celui de la bêtise. Qu’est-ce qui est bête, se demande Kundera dans un beau passage du Rideau? S’ensuivent des considérations étymologiques sur le sens de vulgus qui a donné vulgarité. Les Français, dit-il, abhorrent la vulgarité. Ce qui est vulgaire est ce qui, par définition, vient du peuple, de la foule, du commun. Est vulgaire, en somme, ce qui est cru, brut, sans apprêt ni raffinement. Les Tchèques, quant à eux, tiennent en grande détestation le kitsh. Qu’est-ce que le kitsch? Kundera : Le kitsh, ce n’est pas l’art de pacotille, tel que l’ont si mauvaisement traduit les Français, mais le gargarisme des grandes notions panplanétaires que sont l’honneur, la famille, l’héroïsme, l’abnégation, la liberté, etc. Se moquer des concepts qui, dans la phrase qui précède ― Dupriez saurait le dire ―, forment une gradation (voire), et encourir les foudres de nos semblables, voilà qui révèle la catégorie des êtres humains les plus méprisables, celle des agélastes, mot que Kundera emprunte à Rabelais. Qu’est-ce qu’un agélaste, se demande l’auteur? Un agélaste est, par définition, quelqu’un qui ne sait pas rire. Mais, je vous le demande, qui sait rire aujourd’hui? Je résume : Est bête celui qui ne sait rire qu’au moment d’apercevoir et de déchiffrer à grand-peine, sur l’écriteau brandi de l’Entraîneuse, l’inscription : « Riez! » Plus bête encore est celui ou celle qui se croit fermement détenteur ou détentrice de la Vérité. Si c’est la Vérité, Jésus de mes fesses, pourquoi ainsi menacer le tout-venant des flammes de la géhenne de feu, là où sont les pleurs et les grincements de dents, quiconque ose s’engager dans une rue transversale? J’en viens au fait : est superlativement bête celui qui adhère à l’esprit de sérieux. Au-delà, qu’y-a-t’il?

mardi 12 janvier 2010

Les ombres errantes

J’emprunte ici à Quignard la forme fragmentaire pour poser la trace des Ombres errantes que je viens de commencer à lire. Curieux livre. Assemblage de formulations au souffle court qui disent la brièveté du souffle, celle d’une langue qui agit par à-coups et dans laquelle je puis me reconnaître. Invitation à une liberté au-delà de la liberté. À une résistance à toutes les manifestations et systèmes d’aliénation, ce qui implique nécessairement la résistance à cette résistance. Au-delà, qu’y-a-t’il?